Récit n°57 – Baba au rhum d’outre-tombe

Les vivants aiment se perdre chez les « sous terre ». Le Père-Lachaise sous la pluie, c’était ce jeudi.

« Oooh Aïcha, Aïcha, écoute moi. » La voix de Khaled résonne dans le couloir du métro. Au micro, le musicien susurre par dessus l’enregistrement. Ses doigts s’amusent sur le piano synthétique. Un sourire se dessine sur mon visage. Personne ne peut le voir. Avant de pénétrer dans ces tunnels, nous étions sur terre pour rendre visite aux défunts six pieds sous terre.

Le Père-Lachaise. Un cimetière parisien. Plus de trois millions de visiteurs par an. Les tombes de nombreuses célébrités éparpillées sur 44 hectares. Jean de La Fontaine, Molière juste à côté. Edith Piaf. Henri Salvador et sa femme dans la rue perpendiculaire. Mais aussi des illustres inconnus, des oubliés. Il est le cimetière le plus visité au monde. Ceux qui n’ont jamais cherché la célébrité doivent se sentir bien dérangés.

Les provisions de l’arrière grand-mère

Décharnées. Les statues accolées aux hommages aux déportées de la Seconde Guerre mondiale sont sinistres. En plus, il pleut. Et derrière les tombes enchevêtrées picorent des corbeaux. Ils croassent. Les célébrités se méritent. En bons touristes, nous sommes évidemment venus ici pour ça. Nous grimpons pour redescendre. Tournons à droite, à gauche. Piétinons dans la boue. Les arbres sont immenses. Eux vivent et le font savoir. Soulevant de leurs grandes racines les vieilles dalles de pierre délaissées par les descendants.

L’alcool ça conserve. Des petits babas au rhum flottent dans le sirop de sucre et de rhum. Une quarantaine de bocaux dépareillés sont rangés méthodiquement sur la tombe. En doré, d’une écriture inclinée est inscrit : « A notre arrière grand-mère. » Première hypothèse : elle était la reine des babas. Ses arrières petits enfants viennent donc lui déposer leurs tentatives d’imitation de la recette. Autre possibilité, elle a peut-être laissé trop de conserves avant de passer l’arme à gauche. Sa famille s’en débarrasse donc discrètement, bocal après bocal.

Le Père-Lachaise vaut le détour. Pour sa part d’insolite, d’histoire. Pour le folklore. Il est en revanche conseillé de laisser les sucreries alcoolisées de mamie là où elles sont.

@inessotopro

2 commentaires sur « Récit n°57 – Baba au rhum d’outre-tombe »

  1. Assez saugrenue l’idée des baba au rhum….sur la tombe….. Autre hypothèse : Pour la famille qui vient lui rendre visite, un petit réconfort alcoolisé les attend!!!!!!!!!!!!!!

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