Récit n°70 – Fortifiées par l’homme, reprises par mère nature

Les plages du Nord sont de véritables terrains d’exploration. Entre faune, flore, et vestiges du passé.

Le cliquetis incessant résonne encore dans mes oreilles. Mes yeux alourdis par la fatigue se ferment petit à petit. Nous avons revu Dunkirk, le film, plus de survie que de guerre, de Christopher Nolan. Ce dernier y raconte l’opération Dynamo, où quand dans la débâcle de 1940 plus de 300 000 soldats ont été sauvés de l’armée allemande, direction l’Angleterre.

Tic tac, tic tac, tic tac. La musique composée par Hans Zimmer est sans doute un des éléments les plus réussis du film tant elle nous immerge dans un espace temps suffoquant. Si la plage de Malo-les-bains est bordée de panneaux retraçant l’histoire de cet événement majeur de la Seconde Guerre mondiale. Notre randonnée du jour est moins explicite… Quoique.

De bâtiment de guerre à oeuvre artistique

Chacun son contenant. « On prend de l’eau cette fois ». Mon acolyte avait raison. Car depuis que nous sommes dans le Nord, nous n’avons jamais eu aussi chaud. Notre voiture est une des rares à stationner non loin de l’office de tourisme de Leffrinckoucke, commune située à seulement quelques kilomètres de Dunkerque. Les ombres des bâtiments qui composent le port de cette dernière se dessinent dans les lueurs du soleil de mars. Marchons.

Le premier panneau indique la dune de Dewulf, espace naturel protégé par le conservatoire du littoral depuis 1987. Le second indique une épave, à un peu plus de 2000 mètres.

Nous voilà face à un premier blockhaus. Dans ma jeunesse je me rappelle celui logé sur une plage vendéenne que nous apercevions à chaque footing sur le sable. Ici l’horizon, entre dunes et mer, nous en offre de nombreux à observer. Le premier est particulier.

Ouvrages de défense

Les casemates, ou bunker en anglais, ou blockhaus en allemand sont des bâtiments militaires pour la plupart désormais à l’abandon. La batterie de Leffrinckoucke est un ensemble de bâtiments défensifs qui faisaient partie du système Séré de Rivières avant de faire partie du Mur de l’Atlantique.

Le système Séré de Rivières est un ensemble de fortifications bâti à partir de 1874 le long des frontières et des côtes françaises, en métropole ainsi que dans quelques colonies. Ce système défensif remplace les fortifications bastionnées mises en place notamment par Vauban. Il doit son nom (non officiel) à son concepteur et promoteur, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, ces dispositifs seront repris et améliorés sous le Troisième Reich afin d’empêcher une invasion du continent par les Alliés depuis la Grande-Bretagne.

Réfléchir. C’est le nom de cette oeuvre réalisée par l’artiste plasticien Anonyme, de son vrai nom Bertrand Seguin, en 2015. Réfléchir c’est un double sens. D’abord les 350 m2 de béton recouvert de milliers de fragments de miroir. Puis la volonté de pousser à la cogite. « J’ai voulu dresser contre l’entêtement hostile du béton, la fragilité du miroir brisé […] Mais ce monument solaire, ce « contre espace » laisse entrer l’imagination dans le béton et démontre la possibilité de sa victoire par celle de la création sur la destruction. »

 Épave et moutons

Après quelques minutes perchés sur le haut d’un des plus haut blockhaus, à nous prendre pour les rois du monde et à découvrir le reste du système par delà les dunes, nous reprenons notre chemin.

Au loin, plus proche de la mer et des bébés mouettes une épave se dresse. Voici Claude. Et nous revoilà au coeur de l’opération Dynamo. Mercredi 29 mai 1940. L’Amirauté* réquisitionne à Portsmouth, Londres et Chatham toutes les barges et allèges pour amener sur les plages entre Dunkerque et La Panne, l’eau et la nourriture manquant aux troupes.

Les ordres sont d’échouer ces navires à fond plat pour les décharger, puis de les abandonner. Le même jour, le remorqueur Fairplay One amène devant Zuydcoote la barge Claude, chargée d’eau potable. Elle est échouée sur la plage à l’ouest du sanatorium puis abandonnée. Aujourd’hui elle sert de repère pour les petits crustacés, et de modèle pour les photographes de tout bord.

Il est temps d’entamer la seconde partie de notre boucle. Sur le chemin du retour nous lézardons entre les dunes. Nos pas patauds s’enfonçent dans le sable. Notre surprise est totale, quand tout d’un coup l’herbe se fait rase et le paysage plus plat. Dans cette sorte de plaine dunaire se dressent quelques moutons et leurs agneaux. En respectant quelques règles il est facile de les observer de plus près.

Des plages du Nord aux deux facettes. Abordables. L’une est historique, l’autre est naturelle. Les deux doivent être défendues et préservées, pour le bien de notre humanité.

*Siège du haut commandement de la marine militaire d’un état. Ici de la Grande-Bretagne.

@jvaurillon

Un avis sur « Récit n°70 – Fortifiées par l’homme, reprises par mère nature »

  1. Je me suis caché dans ces blockhaus il y a quelques jours pour éviter les averses alors que je marchais entre La Panne et Dunkerque ! J’ai pris plusieurs photos très similaires aux vôtres, j’en ai publié quelques-unes sur cet article https://zuunzug.com/2021/06/11/pas-de-fin-12/ mais il y en a beaucoup d’autres en attente ! C’est une belle région, et un habitant de Bray-Dunes m’en a retracé toute l’histoire le temps d’un bout de marche ensemble… Salutations !

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