Récit n°71 – Vivre de vent et de frites

Une journée peu commune entre Dunkerque et Boulogne-sur-mer. Un arrêt dans une baraque à frites et un coiffé décoiffé au sommet du cap Blanc-Nez.

Il prend sa pelle et il répand les frites juteuses sur l’insignifiante barquette en plastique. On ne la vois plus. J’avais pris un petit format, je me retrouve avec un lourd ballotin. V’la les pompes funèbres. Le véhicule sombre se gare dos à la baraque à frites de Bourbourg. Fricadelle* pour le patron et merguez pour l’acolyte tout de noir vêtu. 

Bourrasque du matin. La traversée du port de Dunkerque est sportive. Bonjour duchesse Anne ! Le dernier trois-mâts carrés est un voilier appartenant au musée qui lui fait face. Ancien navire-école de la marine marchande allemande, il est est remis à la Marine nationale française comme dédommagement de guerre en 1946. Il est tout rouge le bateau-feu Sandettie. Avant de rester ad vitam à quai, il signalait les bancs de sable dangereux dans le détroit du pas de Calais. 

En rang d’oignons, une petite dizaine de pots de sauce sont proposés avec les frites. « La ch’ti est plus sucrée », indique Reynald tout en étant au fourneau. Les mains dans une plaque de cuisson de la largeur du camion, remplie des bâtonnets de pommes de terre.

On ne risquait pas de s’envoler

La pluie commence à tomber à Calais. Qu’est ce qu’il est beau le beffroi en briques rouges. Il joue l’air de « La Gentille Anette » de François-Adrien Boieldieu (compositeur français 1775-1834). Le parc Saint-Pierre lui fait face avec son blockhaus. Le bunker servait de centrale téléphonique et de poste de commandement à la marine allemande. Aujourd’hui il est musée de Mémoire.

« Ne nous faites pas de la pub après trop de monde va venir. » Un sacré personnage que ce Reynald, qui se renseigne sur notre présence dans ce petit village. Il nous a repéré, lui qui a ses habitués. « C’est que je n’ai pas l’habitude de servir du végétarien. » Sur sa longue carte, les stars sont bien les saucisses, le cervelas et le steak haché. Mais personne ne fait de l’ombre à celle qui nous a parfumés pour la journée.

D’un côté la falaise grise, de l’autre la blanche. Les deux caps (Blanc-Nez et Gris-Nez) sont des joyaux de la côte d’Opale. Au même titre que la Baie du Mont Saint-Michel, le site fait partie du réseau des Grands Sites de France. Le vent est palpable tant il est fort. Les quelques mètres qui nous séparent du cap blanc semblent interminables. La prise de photo est périlleuse, un gant est envolé.

Le vent a fait parler les muets. Des bruits de ferrailles émanaient du port de Dunkerque, les arbres nous susurraient de rentrer, sur les bords de la falaise. Je me suis accroupie par peur de m’envoler. Mais ça ne risquait pas, avec les frites de Reynald dans le bidon.

* Saucisse panée de poulet et de porc typique du nord de la France.

@inessotopro

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