Récit n°82 – L’herbe rouge

Une journée spéciale entre ville et littoral, entre terre et espace.

Il y a des journées comme ça. Où les événements qui s’enchaînent n’ont ni queue, ni tête. Ils sont à la fois incongrus, poétiques, limite cosmiques. Ce jeudi était de ceux-là. C’est comme si on avait lu quelques lignes de Boris Vian. On ne sait pas vraiment ce qui vient de se passer, mais on a apprécié.

Houlgate. Petite station, grand hôtel. Nous nous baladons sur la plage où les galets de la Haute-Normandie ont laissé place au sable jaune. Mon acolyte cherche les coquillages. Nous nous asseyons sur un banc, puis un autre. Les belles résidences se suivent et se ressemblent, à quelques détails près… Un chat sur un toit, un oiseau sur un autre. Au camping de la plage, roulottes et tipis font la paire. Très local tout ça.

Cabourg. Ici Marcel Proust est partout. L’auteur a résidé au Grand-Hôtel de 1907 à 1914. Il y a écrit À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Mais aujourd’hui quelqu’un lui vole la vedette. Les badauds s’arrêtent. Lèvent la tête, près du casino. Un homme est sur le toit. Que va-t-il faire ? Est-ce un désespéré ? Lunettes noires. Veste noire. Chaussures noires. Il s’accroche à un des pics qui encadrent la devanture de l’édifice. Tout à coup il se met à chanter. Tout à coup le vrombissement d’un drone se faire entendre. L’homme n’est pas désespéré. C’est un rockeur qui tourne un clip.

Paon et poterie

Une des rares fois où j’ai laissé ma partenaire seule, c’était à Dieppe. Elle est revenue les bras chargés d’habits et la bouche en coeur : « Regarde ce que j’ai trouvé dans la friperie d’à côté. » Cette fois, nous nous arrêtons ensemble dans un lieu singulier qui avait attiré notre regard sur le chemin du littoral. Je lui avais promis que nous passerions au retour. Sur le panneau il y avait écrit « brocante ici. »

Mais c’est bien plus que ça. Sur la commune de Bavent se trouve un gisement d’argile. En 1842, un industriel de Macon, Pierre Comptet, lance une entreprise de fabrication de tuiles et d’épis de faitage, activité qui perdure encore aujourd’hui.

Épi de faitage, qui es-tu ?

Oiseaux, chats, chiens, mais aussi pommes de pin, artichauts ou fleurs. Les motifs sont nombreux mais alors un épi de faitage, c’est quoi ? Une céramique. Mais pas n’importe laquelle. Les plus vieux épis de faitage retrouvés à ce jour dateraient de 3000 ans avant J-C et se situent en Chine. En France ils sont utilisés depuis le Moyen Âge. Les architectes ne faisaient alors que suivre une tradition antique, les Romains et les Grecs apportaient un grand soin à l’ornementation de leurs édifices.

La Basse-Normandie devient rapidement une région où prospère l’artisanat céramique grâce à la richesse de son sous-sol regorgeant de matières premières argileuses et à l’abondance de ses forêts. Au fil des siècles, l’épi de faitage a changé de formes et de couleurs. D’abord tout vert, il est ensuite ovale et multicolore, avant de devenir plus rectangulaire. Le mieux est encore d’observer par vous même, avec les quelques photos ci-dessous.

Un curieux manoir nous accueille, à peine sortis de la voiture. Il a servi de demeure et de bureaux aux différents propriétaires, mais aussi de catalogue à ciel ouvert. 18 épis de faitage différents prennent place sur le toit. Certains dépassent les deux mètres de haut. Tuiles, carreaux et plaques. Cariatides, bustes, cheminées avec couronnes, chatières, chats, oiseaux, escargots, grenouilles, chevaux et une chimère. En un mot, chargé. Et aujourd’hui aussi. Une brocante avec peluches, poupées, vaisselles, vêtements et autres sacs y prend désormais place.

Autour de ces deux entités, un village d’artisans et de créateurs s’organise. Une maroquinerie par-ci, une sellerie par-là. Et au bout de la ruelle, Marty A. L’homme est artiste. Il nous invite à entrer dans son petit atelier, dans son univers. Boris es-tu là ? « Poétique et onirique », voilà comment timidement, André Marty de son vrai nom, décrit son travail. Charmés. Voilà comment nous repartons. « Un jour, je lui achèterais une toile. »

André Marty un artiste entre timidité et ouverture. Julien Vaurillon.

@jvaurillon

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