Récit n°92 – Chronique du parc

Préfecture de la région Bretagne, Rennes a beaucoup à offrir, notamment son superbe parc Thabor.

Il y a cet homme, presque sans cheveux. Un peu vieux. Il pose sa bicyclette. Deux sacoches en cuir marron pendent de part et d’autre de la roue arrière. Il s’assoit sur le banc. Son pull est rouge. Quelques minutes plus tard, le voilà qui reprend sa route.

En face de lui, durant ces secondes de pause, il avait à faire aux tourterelles de Turquie, perruches ondulées et autres poules de Nagasaki. Une feuille blanche accrochée indique : « Merci de ne pas marcher sur les plantes. » Pourtant deux enfants le font. Les parents, les encourageant presque. Décourageant.

Le parc au fil du temps

Au XVIIe siècle, les moines nomment les jardins de l’abbaye Saint-Melaine « Thabor », en référence au mont du même nom, dominant le lac de Tibériade en Israël. À l’époque la quiétude des lieux est souvent perturbée par des habitants voisins qui y pénètrent sans autorisation. Vols de fruits, chasse au lapin, jeux de palets, provocations en duel ou encore rencontres galantes sont légions.

Au milieu du XVIIIe, les bénédictins ouvrent le parc à la promenade des hommes exclusivement. À la révolution, l’évêque est chassé, le jardin est confié à la ville, il devient public.

Sous le Second Empire, le jardin est réorganisé selon les plans de Denis Bühler (1867). Le célèbre paysagiste dessine un jardin à la française, un parc paysager et un jardin botanique. En 1899, le Thabor intègre la propriété des Catherinettes située au sud du plateau. L’extension et les aménagements se poursuivront jusqu’au début du XXe siècle.

Nous quittons le secteur de la volière. Son groupe de filles qui, j’imagine, travaille. À moins qu’un ordi, ça bronze ? Son groupe d’amis qui joue aux cartes dans un recoin mignon. Un rondin comme table, encerclé par des bambous. Son couple de personnes âgées. L’homme s’avance vers les fleurs. Casquette sur la tête, appareil photo dans les mains. La femme observe.

Un peu plus loin, dans le jardin botanique aux cercles parfaits et aux étiquettes de toutes les couleurs un enfant tanne sa mère. « On retourne voir le robot maman. » Elle tente l’esbroufe. « Mais il a fini là. » Avant de céder. Décidément, ce robot tondeur géant est le héros des enfants.

Aznavour et Mölkky

Un couple est assis sur un banc, je repense à celui de tout à l’heure, près de la cascade par laquelle nous avons abordé ce parc de plus de 10 hectares. Fanny Ardant, la panthère rose, Charles Aznavour. Les rosiers ont tous un nom célèbre. Le parc, lui, a l’esprit bohème.

Jardin à la française. Le coin des vieux, adossés sur les murs des serres. Cette femme lit un livre dont je n’arrive pas à déchiffrer le titre. Elle est assise sur une chaise en fer semblable à celles disposées au jardin du Luxembourg. Une autre passe, plus jeune. Bandeau noir dans les cheveux, pantalon à motif peau de vache noir et blanc. Son pas est pressé, pourtant elle ne peut s’empêcher de sortir un livre. Mais où court-elle ?

Le kiosque à musique. Où le seul bruit qui résonne est celui des quilles en bois qui s’entrechoquent à chaque tire d’un joueur de Mölkky. Non loin de là, Zebulon, lui aussi est silencieux. Manège interdit, covid oblige. Les rubalises ont remplacé la queue de mickey.

Nous sortons côté colonne de juillet. Grande étendue d’herbe ensoleillée. Ici, c’est le coin des jeunes. Les habits se raccourcissent, les corps se dénudent. Le printemps est bien là. Comme un songe d’été, de liberté.

@jvaurillon

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