Montmartre en ce temps-là

La team Blanquette se balade dans le quartier historique parisien de Montmartre. Ma marraine, qui fut guide touristique, nous conduit entre les ruelles chargées d’histoire. Laissez vous porter.

« Qu’est-ce que Montmartre ? Rien ! Que doit-il être ? Tout. » Derrière cette déclaration de Rodolphe Salis, jeune artiste qui lancera le cabaret du Chat Noir en 1881, se cache toute l’histoire tumultueuse de Montmartre. Une histoire haute en couleurs.

Ancienne commune de la banlieue nord, Montmartre est annexée en 1860 par la ville de Paris, qui en fait son XVIIIe arrondissement. En 1880, c’est un quartier pauvre, dangereux et marginal, relativement libre par rapport à la mentalité de la bourgeoisie parisienne.

Dans les années 1880-90, la nouvelle génération d’artistes, écrivains, compositeurs et musiciens va s’installer. Une grande liberté y règne et permet l’expérimentation presque sans limites. Bars et cafés, cabarets, théâtres, opéras, cirques… Aujourd’hui il reste encore quelques pans visibles de cette vie de bohème.

L’eau et le vin

Nous voilà en haut du funiculaire. Après quelques pas, nous rencontrons quatre femmes les bras en l’air. Si vous vous êtes déjà promenés dans Paris, vous les avez aperçu, les fontaines Wallace.

Du nom de Sir Richard Wallace, richissime philanthrope britannique qui oeuvra à la reconstruction de Paris après la guerre franco-prussienne de 1870. Notamment avec ces fontaines.

« Il n’y avait plus d’eau potable, l’eau était plus chère que le vin », glisse Chantal, ma marraine et guide touristique. Les fontaines en fonte sont peintes en vert « afin d’être discrètes et en harmonie avec les parcs et allées bordées d’arbres de Paris ».

Colline sacrée, basilique polémique

Beaubourg, Notre-Dame, depuis la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, la vue sur Paris est magnifique. De ce « Mont Mars » pour les uns où « Mont Martyr » pour les autres, c’est à 130 mètres du niveau de la mer qu’on contemple le coeur de la capitale. « Comme du deuxième étage de la tour Eiffel », précise Chantal.

Depuis toujours, cette colline a été un lieu sacré et depuis 1923 (fin de la construction de la basilique) il est aussi un lieu de polémique. L’édifice de style romano-byzantin, construit à partir de 1875, a en effet été voulu après les événements de La Commune.

Au fil des décennies, de nombreuses personnes ont souhaité sa démolition. Mais difficile aujourd’hui d’imaginer Montmartre sans sa basilique, aussi lieu d’adoration perpétuelle.

Ma marraine nous explique : « Depuis 1885, il y a des gens qui se relaient en permanence afin qu’au moins une personne soit en train de prier devant la représentation du Sacré-Coeur. » Et cela, le jour mais aussi la nuit ! L’accès est libre à chacun de 6h à 22h, puis, à partir de 22h30, le relais de prière se poursuit, assuré par les personnes inscrites pour la nuit d’adoration, qui sont hébergées à la Maison d’accueil de la basilique.

Saint-Denis, la tête sous les épaules

Un peu plus haut, je vous parlais du Mont Martyr, l’une des origines prêtées à Montmartre. Celle-ci provient de l’histoire de Saint-Denis. Ce dernier, premier évêque de Paris, est censé au milieu du IIIe siècle évangéliser la ville. Il a été envoyé là avec six autres religieux, afin de christianiser les Gaules, encore sous domination romaine. Victime des persécutions, il sera finalement décapité sur la colline de Montmartre.

Saint-Denis représenté avec sa tête dans les mains. Inès Soto.

« Selon la légende, une fois décapité, Denis se relève, prend sa tête sous le bras et s’en va en marchant vers le nord ! Il marche six kilomètres puis s’arrête. » À cet endroit précis, on retrouve aujourd’hui un quartier mais aussi la basilique de Saint-Denis, devenue nécropole royale.

Des moulins et des bals

À l’époque de Saint-Denis mais aussi au XIXe siècle, le visage de Montmartre était bien différent. « Il y avait des champs, des carrières, des moulins », raconte Chantal. Ces derniers, une quinzaine à l’époque, ont aujourd’hui quasiment tous disparu. Deux sont encore visibles, le Blute-Fin et le Radet, plus connu sous le nom de moulin de la Galette.

Ce dernier, racheté par la famille Debray est transformé en guinguette en 1834. Le milieu artistique s’y retrouve le dimanche pour y passer un bon moment autour d’une galette de pain de seigle accompagnée d’un verre de lait.

Le bal du moulin de la Galette sera d’ailleurs immortalisé par le peintre Auguste Renoir, l’un des pensionnaires réguliers. Aujourd’hui, situé juste au-dessous du moulin Radet, on trouve un restaurant que la célèbre chanteuse franco-égyptienne, Dalida, fréquentait régulièrement.

Bloqué dans la roche

On finit ce tour non exhaustif de Montmartre par une drôle de statue. Une tête, une jambe, une main… Il dépasse du mur, le passe-muraille. L’oeuvre présente depuis 1989 rend hommage à Marcel Aymé, écrivain décédé à quelques pas de là, à son domicile de la rue Norvins.

La statue du passe-muraille rend hommage à Marcel Aymé. Inès Soto.

La statue de bronze réalisée par Jean Marais représente Marcel Aymé dans le rôle titre de l’une de ses plus célèbres nouvelles. Parue en 1943, le Passe-muraille « raconte l’histoire d’un employé de ministère qui, un jour, se découvre une capacité hors du commun : il est capable de traverser les murs », raconte Chantal. Cela donne envie de lire !

@jvaurillon

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